le mois de mars

René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907) le mois de mars dans BONJOUR ET BIENVENUE vide
(Recueil : Les solitudes)

   Mars

En mars, quand s’achève l’hiver,

Que la campagne renaissante
Ressemble à la convalescente
Dont le premier sourire est cher ;

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Quand l’azur, tout frileux encore,

Est de neige éparse mêlé,
Et que midi, frais et voilé,
Revêt une blancheur d’aurore ;

Quand l’air doux dissout la torpeur

Des eaux qui se changeaient en marbres ;
Quand la feuille aux pointes des arbres
Suspend une verte vapeur ;

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Et quand la femme est deux fois belle,

Belle de la candeur du jour,
Et du réveil de notre amour
Où sa pudeur se renouvelle,

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Oh ! Ne devrais-je pas saisir

Dans leur vol ces rares journées
Qui sont les matins des années
Et la jeunesse du désir ?

Mais je les goûte avec tristesse ;

Tel un hibou, quand l’aube luit,
Roulant ses grands yeux pleins de nuit,
Craint la lumière qui les blesse,

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Tel, sortant du deuil hivernal,

J’ouvre de grands yeux encore ivres
Du songe obscur et vain des livres,
Et la nature me fait mal.

 

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